« Mon territoire au futur, mon futur dans le territoire : quelle(s) solution(s) pour les habitants du Grand Clermont ? »  Retour d’expérience sur la première édition d’un concours d’idées avec les collèges et lycées du Puy-de-Dôme

« Mon territoire au futur, mon futur dans le territoire : quelle(s) solution(s) pour les habitants du Grand Clermont ? » Retour d’expérience sur la première édition d’un concours d’idées avec les collèges et lycées du Puy-de-Dôme

« Mon territoire au futur, mon futur dans le territoire : quelle(s) solution(s) pour les habitants du Grand Clermont ? » Retour d’expérience sur la première édition d’un concours d’idées avec les collèges et lycées du Puy-de-Dôme

Jeudi 5 mai 2022 s’est tenue à la Maison de la Culture de Clermont-Ferrand la remise des prix du concours scolaire « Mon territoire au futur, mon futur dans le territoire ». Ce concours, lancé par le Rectorat de l’Académie de Clermont-Ferrand avec l’appui de l’Agence d’Urbanisme et de Développement Clermont Métropole (AUDCM) et le PETR du Grand Clermont, a réuni six établissements scolaires, collèges et lycées, pour faire réfléchir les élèves à l’avenir qu’ils souhaitent pour leur territoire. Les projets proposés, divers tant dans leurs formes que dans les thématiques abordées, montrent à quel point il est enrichissant de former et d’intégrer les acteurs scolaires aux démarches de prospective territoriale.

Un concours pour mobiliser les élèves sur le devenir de leur territoire

C’est dans le cadre de la démarche prospective « Demain le Grand Clermont », portée par le PETR du Grand Clermont que l’AUDCM a organisé ce concours en partenariat avec le Rectorat. Cette démarche prospective vise à penser le devenir du territoire à l’horizon 2050 dans toutes ses composantes (environnementales, économiques, sociales, alimentaires, …). Depuis janvier 2022, elle a été engagée avec quatre élus (représentant les quatre intercommunalités du Grand Clermont) et sera prochainement partagée et discutée avec les autres élus du territoire et le Conseil de Développement du Grand Clermont récemment installé. Le concours scolaire, lancé à la rentrée 2021, vient compléter cette approche institutionnelle, en l’enrichissant des idées et propositions des jeunes d’aujourd’hui, futurs citoyens de 2050.

La consigne donnée aux élèves était ouverte et ne ciblait volontairement aucune thématique spécifique, pour laisser libre court à la créativité : « réfléchir collectivement aux défis qui s’imposent [au] territoire aujourd’hui en proposant des solutions d’avenir pour [le] territoire de demain (horizon 2050 ?) tel qu’ils l’imaginent ou le souhaitent ». Quatre collèges et deux lycées ont présenté leur candidature : les collèges Albert Camus, Roger Quilliot et Lucie Aubrac, situés à Clermont-Ferrand, le collège Teilhard de Chardin à Chamalières, et les lycées Fénelon et Massillon de Clermont-Ferrand également. Pour cette première édition, seuls des établissements de la métropole clermontoise ont participé, alors que le concours était ouvert à tous les collèges et lycées du Puy-de-Dôme. Les élèves ont travaillé durant 4 à 7 mois (selon la date de leur inscription), encadrés par leurs professeurs et en cohérence avec les niveaux et programmes scolaires de géographie, éducation morale et civique (EMC), français, arts plastiques, sciences ou encore technologie. Cette variété de disciplines, combinée à la variété des niveaux scolaires explique la richesse et l’éclectisme des productions réalisées.

Des propositions scolaires riches et variées qui ont impressionné le jury

Cette diversité dans l’encadrement pédagogique et le programme scolaire au cours duquel a été abordé le concours est nettement perceptible dans les projets des élèves. Les rendus, tous très riches dans leurs formes, les enjeux qu’ils abordent et les solutions qu’ils apportent, ont fortement impressionné le jury du concours, composé de représentants du Rectorat, d’élus, de techniciens du Grand Clermont et de l’Agence d’urbanisme. Ce sont finalement les collèges Lucie Aubrac et Roger Quilliot qui se classent à la première place ex-aequo du concours « collège ». Dans la section « lycée », le lycée Fénelon remporte le concours.

La classe de 6e 2 du collège Lucie Aubrac a présenté au jury une carte interactive du Grand Clermont, sur laquelle différents QR-codes étaient disposés et permettaient d’accéder aux détails des projets imaginés. Toutes ces informations étaient également accessibles via un site internet dédié (https://linedijols.wixsite.com/grandclermont2050). Le jury a tenu à récompenser ce projet pour la qualité des supports produits (site internet, maquette, logo, vidéo, carte…) et sa capacité à proposer, en se basant sur les enjeux actuels, des solutions transversales et originales pour le territoire. Le futur imaginé par ces jeunes élèves comprend ainsi la création d’un « magnifique » Parc Naturel Régional en Limagne, dont ils ont dessiné le logo, mais aussi l’implantation d’un tramway suspendu pour décongestionner la métropole clermontoise et l’inauguration d’un « musée des horreurs » à Vic-le-Comte en souvenir des difficultés vécues pendant la crise sanitaire de 2019-2021, particulièrement éprouvante pour les enfants et l’ensemble des acteurs scolaires.

Ci dessus : Projet de la classe de 6e B du collège Roger Quilliot.

L’autre projet lauréat, ex-aequo, est celui présenté par la classe de 6èmeB du collège Roger Quilliot. Les élèves, accompagnés par leur professeure de français, ont proposé un projet particulièrement créatif articulé autour d’une maquette et d’un poème. En 2050, la ville s’organise autour d’une tour multifonctionnelle desservie par des voies cyclables suspendues et un téléphérique. A ses pieds, des jardins partagés nourrissent ses habitants, et des panneaux solaires l’alimentent en énergie. La vie dans la tour, et plus globalement dans la ville en 2050, est détaillée par un poème écrit, lu et chanté par les élèves. Cette projection sensible et littéraire dans un imaginaire pour le territoire de demain, mais aussi la multiplicité des sujets urbains abordés, ont séduit le jury.

Ci dessus : Projet des élèves de 1ère du Lycée Fénelon.

Du côté des lycéens, les élèves de 1ère du lycée Fénelon ont obtenu la première place en présentant plusieurs projets d’aménagement de quartiers clermontois, mais également de secteurs aux alentours tels que Volvic. Par groupe de trois, les élèves ont par exemple proposé des solutions d’éclairage public photovoltaïque à Jaude, une refonte du marché Saint-Pierre désormais lieu de production maraîchère, un écoquartier à Kessler… Des diaporamas et maquettes ont accompagné les explications et permis au jury de se projeter dans le territoire en 2050.

Ci dessus : Projet des élèves de Terminale du Lycée Massillon

Enfin, le travail des classes de terminales du lycée Massillon, classé 2e de la catégorie « lycée », a bousculé le jury sur les enjeux retenus par les jeunes comme primordiaux pour leur avenir dans le territoire. Parmi ceux-ci, la volonté de traiter de l’employabilité des jeunes de moins de 18 ans et de l’insertion professionnelle plus globalement, mais aussi leur décision quasi-acquise de partir ailleurs faire leur vie ont fait prendre conscience de l’intérêt d’entendre les jeunes dès aujourd’hui pour réfléchir avec eux au devenir du Grand Clermont. Partagé par l’ensemble des autres groupes, les problématiques alimentaires ou encore la qualité des espaces publics qu’ils proposaient de réaménager ont également retenu l’attention du jury.

Intégrer les acteurs scolaires : un enjeu essentiel pour penser le devenir du territoire

C’est l’objet même de ce type de concours que de faire sortir l’école de ses murs et de faire entendre la parole et les idées des jeunes. Cela permet non seulement de sensibiliser les élus aux problématiques qui paraissent primordiales aux élèves, mais également de former les citoyens de demain à la transition des territoires. Cette formation des plus jeunes aux thématiques urbaines et territoriales nécessite au préalable une sensibilisation de leurs enseignants, et de l’ensemble des acteurs scolaires, à la prospective territoriale. L’enjeu est de déterminer sous quelles formes et à travers quelles disciplines cet enseignement doit être dispensé pour être le plus efficient.

La prospective territoriale pourrait également constituer un facilitateur et une plus-value pour l’enseignement de certaines disciplines, notamment la géographie, parfois considérée comme parent pauvre des concours d’idées et de l’enseignement. Par sa capacité à mobiliser et stimuler les plus jeunes sur des sujets qu’ils pratiquent tous les jours, mais connaissent peu sur le plan théorique, la prospective peut aider à décloisonner et à ouvrir la réflexion. Les sujets portant sur la mobilité dans la ville et le territoire, qu’ils pratiquent quotidiennement pour rejoindre leurs établissements, l’espace public dont ils ont l’usage pour leurs loisirs et autres activités, les politiques liées à l’insertion professionnelle dans le territoire, l’importance de l’engagement citoyen dans la fabrique de la ville de demain… sont autant de sujets susceptibles de mobiliser les élèves sur des thématiques plus vastes comme la mondialisation de l’économie, les phénomènes de métropolisation ou encore les enjeux d’un développement territorial soutenable.

Mais au-delà de ses vertus pédagogiques, la sensibilisation aux enjeux urbains et territoriaux des plus jeunes répond globalement à un souci de pertinence et de pérennité des politiques publiques locales.  En effet, les élèves qui ont participé à ce concours sont des habitants et des acteurs du territoire d’aujourd’hui et de demain. Dans le contexte actuel de crise de la démocratie représentative et de volonté d’intégrer les habitants, en tant qu’usagers-experts, dans la construction des projets et politiques urbaines, il est essentiel de créer des lieux de rencontres entre les élèves, leurs enseignants, éventuellement les parents et les acteurs de l’urbanisme, élus comme techniciens. Ces espaces de discussions contribueront à éclairer les décideurs territoriaux sur les problématiques d’avenir essentielles pour ceux qui pratiqueront demain le territoire, mais également d’emporter l’adhésion des habitants actuels et futurs aux politiques décidées en les formant sur celles-ci et en les intégrant dans leur construction. 

L’Agence d’Urbanisme, co-organisatrice de cette première édition du concours « Mon territoire au futur, mon futur dans le territoire » souhaite poursuivre ce partenariat pour devenir un lieu de rencontre privilégié entre acteurs scolaires et acteurs urbains. La sensibilisation des enseignants à la prospective territoriale et leur accompagnement dans leur mission pédagogique s’inscrit dans la ligne directe des nouvelles missions de l’Agence. Elle a pour effet la compréhension et l’anticipation des mutations des territoires, ainsi que la sensibilisation de leurs acteurs à ce sujet, dont font partie les élèves et leurs encadrants. Autant de lieux et de moments de rencontre indispensables pour accompagner la transformation du territoire vers un modèle plus soutenable et souhaitable.

Ecouter les usagers de l’aide alimentaire pour construire une réponse adaptée à leurs besoins

Ecouter les usagers de l’aide alimentaire pour construire une réponse adaptée à leurs besoins

Ecouter les usagers de l’aide alimentaire pour construire une réponse adaptée à leurs besoins

Le parti-pris d’une méthode qualitative

Dans le cadre du travail d’état des lieux du secteur de l’aide alimentaire dans le Puy-de-Dôme réalisé en 2021 par l’agence d’urbanisme à la demande de la Direction de l’Emploi du Travail et des Solidarités (DDETS), plusieurs questionnements initiaux portaient sur les publics visés : quels profils de personnes utilisent l’aide alimentaire ? Quelle expérience en ont les usagers ? Les services répondent-ils à leurs besoins ? Ces questions avaient pour objectif d’identifier les angles morts, les points de progressions et les évolutions liées au contexte sanitaire.

Pour y répondre, l’agence d’urbanisme a proposé d’associer une enquête quantitative exploratoire réalisée auprès de 529 usagers sur l’ensemble du département à une approche qualitative donnant la parole aux usagers rencontrés. Cette seconde approche vise à expliquer et parfois illustrer les résultats quantitatifs. L’écoute des usagers s’est faite à travers une dizaine d’entretiens semi-directifs menés par des étudiants de l’ITSRA et de l’enquête flash pour laquelle un cinquième des enquêtés a répondu à des questions qualitatives ouvertes. Trois questions principales ont ainsi été posées : quelles difficultés rencontrez-vous pour vous alimenter ? Qu’est-ce qui vous permettrait de mieux manger ? Quelles améliorations souhaiteriez-vous voir apportées au système d’aide alimentaire ?

Si elle permet d’affiner les constats esquissés par les questions fermées, l’approche qualitative comporte néanmoins des biais. Certains proviennent de l’enquêteur lui-même, ou des personnes effectuant la lecture et le traitement des données, par exemple le biais de confirmation d’hypothèses.  D’autres proviennent des personnes qui s’expriment, comme celui de l’illusion biographique. Avoir le recul nécessaire sur ces biais est indispensable pour les dépasser et parvenir à objectiver le contenu des récits proposés. L’agence d’urbanisme a proposé une approche double : d’une part faire ressortir, les tendances, les éléments de langage et les discours qui revenaient de manière récurrente ; de l’autre isoler les propos singuliers mais dont le contenu permettait d’ouvrir une perspective ou une compréhension nouvelle des phénomènes observés.

Quelques exemples de nuances apportées à l’enquête par les questions ouvertes

Les questions qualitatives contribuent en premier lieu à approfondir certains éléments de la caractérisation des usagers. Leurs expériences vécues se recoupent sur différents aspects au premier rang desquels les difficultés financières. Si l’absence d’emploi, qui concerne 60% des personnes rencontrées, est une cause évidente de ce manque de ressource, les récits informent quant à eux sur les effets du poids des charges liées au logement, à la mobilité, à la santé, mentionnés comme des éléments grevant ponctuellement un budget, y compris pour les personnes en emploi ou ayant des ressources régulières (salaires, retraites, AAH…).

On décèle aussi, lorsque les usagers s’étendent sur la durée de leur fréquentation des services, leurs allées et venues au sein des services, à quel point avoir une famille ou des amis qui fréquentent également les services peut faciliter l’acceptation du recours au service. Un tiers des usagers se déclare orienté dans les services d’aide alimentaire par leur famille et amis, et certains discours expliquent ce phénomène par le récit d’un atavisme familial. A l’inverse, l’hypothèse couramment avancée d’un ressenti proche de la honte d’avoir recours aux services d’aide alimentaire n’a été que très marginalement confirmée par les usagers, voire dans certains cas, explicitement évincée.

Par ailleurs, si les résultats de l’enquête quantitatives sont très positifs : 95% des usagers rencontrés sont satisfaits des services, de l’accueil dans les structures, des quantités, des produits reçus, de leur qualité ou encore de leur diversité, les apports qualitatifs de la méthode permettent de nuancer ces résultats. En effet, la satisfaction exprimée est souvent associée à des notions telles que la reconnaissance, le sentiment d’être redevable et aussi, parfois un sentiment d’illégitimité à critiquer un service couvrant ce besoin fondamental. Plusieurs usagers constatent ainsi qu’ils n’ont : « pas le droit de se plaindre ».

D’un autre côté, les défauts du système sont minimisés par les enquêtés. Les produits périmés ou abimés, constatés par près de 40% des personnes rencontrées sont perçus dans les discours selon différentes perspectives : les usagers expriment une incapacité de choix et rappellent l’absence de responsabilités des associations, à qui les denrées s’imposent également, dans ce phénomène. A ce niveau, les propos oscillent entre une forme de résignation, une empathie envers les associations et leurs bénévoles ou encore une fierté de contribuer à la lutte contre le gaspillage. Les usagers préfèrent mettre en avant le caractère consommable des produits.

Parmi les autres éléments qui ressortent des paroles tenues, des ressentis déplaisants dominent dont les impacts psychologiques sur l’alimentation sont indéniables : dénigrement et mauvaise estime de soi, isolement, impuissance, fatalisme reviennent bien souvent, parfois associés avec une perte d’appétit et des formes plus ou moins lourdes de dépression. La manière dont l’aide répond au besoin premier de s’alimenter peut réduire ou renforcer ces ressentis négatifs, notamment pour ceux des usagers qui expriment le plus de griefs relationnels envers les associations ou les bénévoles. Les usagers qui expriment plutôt des ressentis plaisants sont minoritaires.

Des pistes d’action en deçà des besoins des usagers et du système de redistribution

L’enquête réalisée auprès des usagers des services d’aide alimentaire ne constitue qu’une partie des éléments pris en compte pour construire collectivement des pistes d’action. Les données factuelles sur la distribution des services dans le département, le nombre d’inscrits dans les services, des données de contexte et un travail d’écoute compréhensive des acteurs et travailleurs sociaux de l’aide alimentaire ont également été mobilisés à cet effet. Ce croisement des données et des regards vise à contrebalancer certaines limites de l’approche qualitative tout en maintenant la finesse d’analyse tant dans la diversité des points de vue exprimés que dans les apports d’un niveau de détail individuel.

Nous constatons à l’issue de ce travail, une tendance mise à jour par ces croisements, dont les difficultés du secteur social, notamment en termes de terminologie, témoignent. Ainsi, lorsque les acteurs expriment collectivement le souhait de supprimer de leur vocabulaire l’appellation de « bénéficiaires » pour désigner les personnes ayant recours à l’aide alimentaire, une des idées corrélée est celle d’un déséquilibre entre ceux qui donnent et ceux qui reçoivent. L’expression répétée de ce déséquilibre dans la parole des acteurs est également reflétée dans certains propos d’usagers. Cela pose la question d’une intériorisation de cette asymétrie.

Dans un système contraint sur le plan réglementaire qui rassemble des groupes d’acteurs et des défis relationnels variés, l’un des enjeux de ce secteur ne serait-il pas de sortir d’un structuralisme social qui l’encombre et freine son émancipation ? Les pistes d’action aujourd’hui énoncées : coordonner les acteurs et les actions, contribuer à l’autonomie des publics, mettre en place une action plus individualisée et lutter contre le non-recours, n’adressent pas encore le sujet sous cet angle.